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Un entretien d'Unidivers à propos du Salon

10 Avril 2013 , Rédigé par IMF-Bretagne

Un entretien d'Unidivers à propos du Salon

Elle se dit volontiers discrète, pourtant par la nature initiatique de la démarche qu’elle propose elle est fondamentalement secrète. Il faut toutefois bien constater que depuis quelques années elle multiplie les occasions de l’approcher. Ce sera le cas les 6 et 7 avril lors du 2nd Salon Maçonnique du Livre et de la Culture de Rennes. Une opportunité pour ceux et celles qu’elle intrigue de tenter d’en percevoir l’essence, en gardant cependant à l’esprit ce sonnet du XVIIIe siècle : « Pour le public un franc-maçon sera toujours un vrai problème, qu’il ne pourra résoudre au fond qu’en devenant maçon lui-même ». Entretien avec Arnaud d’Apremont, délégué ouest de l’Institut Maçonnique de France Coordinateur du Salon Maçonnique de Rennes.

  • Un quotidien régional titrait récemment à propos du Salon « Opération séduction chez les francs-maçons », la Franc-maçonnerie a-t-elle besoin de séduire ?

« Séduction » est assurément un terme impropre, même si le titre que vous évoquez ne se voulait sans doute pas indélicat. Depuis plusieurs années maintenant, les Salons Maçonniques du Livre se multiplient sous l’égide de l’Institut Maçonnique de France (IMF) qui en est à l’initiative et qui a été créé pour cela, conjointement par les principales obédiences françaises. Il n’y a là aucune idée de manipulation, aucune sorte de faux-semblants ou d’artifice (ce que l’idée de séduction pourrait induire). Il n’y a de la part des organisateurs de ces salons pas d’autres intentions que celle de partager : partager un vécu, une connaissance, une joie, échanger… Il s’agit donc, au contraire, d’une ouverture vers l’autre, une invitation au dialogue. Contrairement à ce que l’on croit souvent ou à ce que l’on veut laisser croire, la franc-maçonnerie est ouverte à tous, sans volonté de séduire ou de convaincre, mais juste de témoigner, sans doute, au passage, de lever des équivoques, et de s’enrichir intérieurement de la découverte réciproque. Et l’organisation de ces salons est aussi une très belle aventure entre frères, sœurs et même profanes pour se découvrir, mais surtout, construire quelque chose ensemble. Enfin, un Salon, c’est avant tout l’occasion de découvrir et de rencontrer des auteurs, de les écouter, donc encore une fois, d’échanger.

  • S’agit-il d’un salon maçonnique du livre ou d’un salon du livre maçonnique ?

Un « salon maçonnique », et la nuance est importante. Autour d’un tel événement, ce sont des valeurs qui s’expriment, une sensibilité, une philosophie de vie, un état d’esprit et de cœur. Le Salon maçonnique est un lieu de rencontre qui pourrait s’articuler autour d’autres formes d’art, de réflexion, d’échange. Dans la plupart des cas, parce que cela reste un médium majeur, ces salons s’organisent autour du livre. Mais il pourrait s’agir de bien d’autres choses et nous avons l’espoir d’ouvrir très vite à d’autres formes de cultures ou d’arts, tels que la musique, le théâtre, le cinéma… Que serait d’ailleurs le « livre maçonnique » ? Un livre sur la maçonnerie ? Un livre écrit par ou pour des francs-maçons ? Voilà une notion bien réductrice quand nous nous inscrivons dans l’ouverture. Parmi les auteurs et intervenants présents, il y a aussi bien des maçons que de nombreux profanes.

Il y a donc ici, par ces Salons, la célébration et le partage de valeurs s’exprimant par le support du livre et de la culture.

  • Quel bilan avez-vous fait de la première édition de ce salon en 2011 ?

Le premier salon avait été un galop d’essai dans un cadre beaucoup plus modeste (l’un des espaces maçonniques rennais). Des frères et sœurs de toutes les obédiences locales, mais aussi des profanes, partageant les mêmes valeurs d’ouverture et d’humanisme s’étaient réunis pour agréger leurs énergies et permettre de faire venir à Rennes des auteurs, qu’il aurait été plus difficile d’obtenir sans cette conjonction des forces. Mais y’avait-il un public pour cela à l’ouest et à Rennes en particulier ? L’expérience a prouvé que oui. Elle a dépassé nos prévisions et l’IMF, sous l’égide duquel cette première édition avait été organisée, a demandé à l’équipe d’origine de continuer, cette fois directement dans le cadre de cette réunion des grandes obédiences françaises. Et c’est ainsi qu’a été constitué l’IMF-Bretagne, pour coordonner le deuxième salon.

  • Qu’est-ce que, justement, l’IMF et l’IMF-Bretagne ?

L’IMF a été créé en 2002 par les plus grandes obédiences qui constituaient alors la Franc-maçonnerie française (GODF, GLDF, DH, GLFF et GLTSO pour citer celles qui sont représentées à Rennes). Elles étaient 9 à l’origine et 12 aujourd’hui. L’IMF a pour « objectif essentiel de permettre à tous publics intéressés de découvrir les valeurs culturelles et éthiques de la franc-maçonnerie, à travers son patrimoine historique, littéraire et artistique. » En somme, il s’agit là de trouver une plateforme commune, fraternelle, s’enrichir de nos différences, construire ensemble, au-delà de nos spécificités. On peut dire qu’ici, à Rennes, ce dessein a été parfaitement atteint et l’expérience des deux salons a fait grandir les participants dans leur pratique et leurs découvertes des autres. Un vrai travail en commun. Un beau chantier. L’IMF-Bretagne est donc la délégation ouest de l’IMF comme il existe l’IMF-Provence qui organise notamment le salon de Marseille.

  • Pour cette édition vous organisez un concours de nouvelles, les auteurs ont-il été nombreux à concourir ?

L’idée du concours s’est inscrite dans une sorte d’élan naturel. Nous avions envie de créer une dynamique, susciter un engouement au-delà des simples limites du Salon. Le concours s’est imposé naturellement. Déjà parce que beaucoup d’entre nous étaient passionnés par ce genre, quand ils n’en étaient pas de modestes acteurs. Mais aussi parce qu’il existe aujourd’hui une véritable école rennaise du polar (autour d’auteurs comme David Khara, Frédéric Paulin et l’association Calibre 35), comme il y eut jadis –et encore une partie – une école rennaise de la musique au sein de la scène française. C’était donc là une façon de marquer notre sensibilité bretonne. Nous espérions une vingtaine de nouvelles. C’est ce que nous avions annoncé aux membres du jury (un jury que nous avons voulu paritaire à 50/50 : maçons-profanes, hommes-femmes, Rennais-non Rennais). Nous en avons reçu 44. Et dans le mois suivant la clôture, une vingtaine de plus nous ont demandé s’il était encore possible de participer. Mais c’était fini. Le jury devait travailler et permettre la sortie dans les temps, pour le salon, du recueil des 10 meilleures (11 au final), édité par les éditions Dervy sous le titre : des plumes dans l’encrier maçonnique. Rendez-vous pour les retardataires dans deux ans, car nous comptons bien pérenniser ce trophée baptisé l’Encrier maçonnique et primé, cette année, par les librairies Chapitre.com de Laval (Siloé) et Rennes (Forum du Livre)

  • Quelles réflexions vous inspire le succès des romans autour de la Franc-Maçonnerie ? Son mystère attire ?

La fiction autour de la franc-maçonnerie existe quasiment depuis les origines. Les grands mythes fondateurs, en quelque sorte, participent de ce mouvement. Sans s’étendre exagérément ici sur un sujet néanmoins passionnant, on pourrait citer quantité de grandes œuvres de fiction qui ont pour cœur la franc-maçonnerie, que ce soit allégoriquement ou directement, tant à travers son histoire, que ses valeurs ou sa symbolique initiatique. Contentons-nous de citer ici Le Livre de la Jungle, de Rudyard Kipling. Mais il est certain que les dernières années ont vu paraître nombre de romans – et même plus spécifiquement de polars –mettant en scène l’univers maçonnique. Il y a naturellement Le Symbole perdu, de Dan Brown. Mais les vrais précurseurs du genre, ceux qui lui ont donné ses titres de noblesse et ont ouvert la voie à un véritable courant éditorial, ce sont Éric Giacometti et Jacques Ravenne que nous nous réjouissons d’accueillir cette année au Salon de Rennes pour une table ronde autour de « la fonction de l’imaginaire dans la franc-maçonnerie ». Assurément, la fiction touche différemment le lecteur. Elle s’adresse à des fonctions cognitivo-mémorielles spécifiques qui facilitent assurément l’identification et l’assimilation. Pensons à des Grimm ou à des Tolkien, dont ce ne sont pas les œuvres érudites éminentes qui traversent les siècles, mais bien leurs fictions dans lesquelles ils n’expriment pourtant point d’autres idées que dans leurs essais. Alors, certes, la maçonnerie a toujours inspiré la fiction et le mystère, réel ou fantasmé, qui l’entoure est assurément propre à exalter l’imaginaire. Est-ce que, pour autant, la lecture d’un roman ou d’un polar peut attirer un profane vers la porte du temple ? Sans doute pas. Et assurément, la démarche authentique et humaniste qui doit être celle du franc-maçon ne peut se nourrir exclusivement qu’à la source de la littérature. Cette lecture peut néanmoins représenter une petite marche sur le chemin qui n’augure en rien de ce que donnera l’éventuel parcours maçonnique. On ne peut ici manquer de penser à un parallèle avec le fameux Troisième œil, de Lobsang Rampa. Alors qu’il était prétendument l’œuvre d’un lama tibétain, on a su pratiquement dès sa parution en 1956 qu’il s’agissait d’une pure fiction, d’une mystification, ce qui ne l’a pas empêché d’attirer nombre de fidèles vers le bouddhisme pendant près de trois décennies ; fidèles qui, pour la très grande majorité de ceux-là, ont effectué de très beaux parcours dans les pas du Bouddha. Comme quoi, même la plus parfaite fiction, en parlant au cœur, peut mener vers l’authentique.

  • Vous évoquez beaucoup les valeurs de la maçonnerie. Quelles sont-elles selon vous ?

Là encore, cette question mériterait d’amples développements. Incontestablement, les Salons maçonniques du livre témoignent bien de la dimension kaléidoscopique de la maçonnerie. Sans aller jusqu’à dire qu’il y a autant de maçonneries qu’il y a de maçons – encore que le débat pourrait se poser –, il est certain que les motivations, les approches des frères et des sœurs peuvent être très variées. Certains seront particulièrement intéressés par les débats sociétaux, d’autres par la symbolique ou le travail sur soi, d’autres encore par la recherche ou l’histoire… Mais malgré tout, il existe d’évidentes valeurs communes, tendant à toujours s’ouvrir à l’autre, à dépasser les préjugés, à comprendre les nuances de langage, à retenir ce qui rassemble plutôt que ce qui sépare… Il est des termes sur lesquels nous nous accordons plus ou moins tous, des notions qui ont jalonné l’histoire de la maçonnerie jusqu’à construire la société, de la Déclaration des droits de l’homme à l’école pour tous en passant par l’abolition de l’esclavage et maintes lois sociales. Pour être plus complet, nous travaillons ensemble à l’élaboration d’un film court pour compléter le Salon, et traduire synthétiquement ce que nous sommes, donc les valeurs qui nous rassemblent. Ce document s’axerait autour de sept mots-clés sans que ce soit totalement réducteur. Les mots ne sont pas encore totalement arrêtés, mais il y aura assurément Liberté, Égalité, Fraternité, bien sûr. Humanisme, évidemment, ainsi que Tolérance et Laïcité (en comprenant que l’approche de celle-ci peut être variée au sein de la maçonnerie, mais le mot est, en soi, une excellente base d’échange). La Connaissance est aussi un aspect-clé de la maçonnerie, ainsi que l’Amour. Et nous sommes déjà à huit termes, à moins que ce dernier ne soit, en lui-même, un résumé de ce que nous sommes. Le projet est en tous les cas galvanisant.

  • Vous avez signé la Charte « Oui au Breton », dans quels buts ?

La franc-maçonnerie est universelle. Elle est aussi la découverte de l’autre, de ses différences, de ses richesses. Les Salons maçonniques en sont la manifestation. Tout en exaltant ces notions d’universalité et les valeurs évoquées plus haut, ils se veulent aussi la vitrine de certaines spécificités, voire la défense de minorités (et, dans ce cadre, le breton et les valeurs spécifiques véhiculées par cette langue méritent d’être défendus). Il y avait quantité de raisons, a-t-on estimé au sein de l’IMF-Bretagne, pour signer cette charte « Ya d’ar Brezhoneg/Oui au breton » de l’Office public de la langue bretonne, dépendant du Conseil régional. Dans les valeurs défendues par l’Office, le travail sur la langue et son rayonnement, le symbolisme qui s’y ancre et s’y exalte, nous retrouvions nombre de nos propres valeurs. À dire vrai, nous ne nous sommes guère posé de question, mais ce partage c’est un peu imposé comme une évidence.

  • La Bretagne : Terre d’initiation(s) ?

On pourrait aussi décliner « la Bretagne : terre d’accueil, d’humanisme, de partage ». Qui pourrait nier qu’un véritable esprit généreux s’exhale de cette terre ? Paradoxalement, c’est peut-être justement pour cette raison que la franc-maçonnerie a mis plus de temps à se diffuser à l’ouest : les valeurs maçonniques étaient déjà totalement naturelles ici, comme si le Breton maçonnait comme M. Jourdain faisait de la prose. La Bretagne, entre ciel et mer, c’est la terre de l’homme, travailleur et humble face à l’adversité et à la Nature. Une belle allégorie de la maçonnerie et de son esprit de ténacité, de persévérance et de générosité. La littérature et la légende ont voulu en faire la terre de l’un des plus grands symboles de l’Initiation, le Graal. L’image est appropriée.

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